Carnets de Hrogar – 2

Carnets de Hrogar – Aerte Varla, 992 A.R.

Cette journée avait pourtant bien commencé… La perspective d’un nouveau travail, un bon repas à l’auberge et une pipe sous le soleil levant m’avaient mis de bonne humeur. En me rendant au palais du Haut Jarl, j’ai croisé Magnus, un jeune Varl intelligent avec lequel il m’est arrivé de combattre quelques fois, avant qu’il ne préfère la hache du bûcheron à celle du guerrier. Il finissait de vendre son bois précieux, accompagné de son mammouth. Belle bête.

Au palais, un sous-fifre m’accueille ; Caldir, ou Cardil. Premier signe qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille : si on t’envoie quelqu’un pour te réceptionner, c’est avant tout pour que ta présence passe inaperçue ; ta mission baigne dans un secret de mauvais augure. Cardil me mène à Yngvi, un stratège, qui est flanqué d’un vieil homme aveugle que je prends d’abord pour un commanditaire. Yngvi me met au courant : les croulants de Magna To veulent étudier une forte résonance magnienne à Hnitbjorg, la forteresse de Nekron Kar. Pour cela, ils ont besoin des écrits de Kvasir, une relique ancienne, qui doit donc être convoyée jusque là-bas. Cardil escortera la relique, accompagné du vieillard nommé Oyne, et on me chargerait d’assurer leur sécurité.

Évidemment, mon premier mouvement est de refuser — et je ne sais pas encore à quel point j’ai raison. Les magniens ont bien assez de pouvoir sans que je les aide à en grignoter plus ; quant à escorter une relique imprégnée de magna ou de je ne sais quels enchantements morbides, très peu pour moi. Yngvi, que je n’aimais pas beaucoup avant, devient carrément antipathique et nous lit avec suffisance un message de Svanhildr, la magnienne officielle du Haut Jarl, qui baratine sur l’importance capitale de la mission. Et alors, la connerie. Je me laisse tenter par une grosse prime, et j’accepte. C’est à ce moment qu’Yngvi, que j’aime de moins en moins, nous sort la saloperie de trop : le chemin qu’on doit emprunter est déjà tracé, et on n’aura aucune liberté de s’en détourner. Bien entendu, c’est le trajet le plus crétin pour un convoi de ce genre, puisqu’on devra suivre la route principale, ce qui revient à s’exposer à n’importe quelle mauvaise rencontre avec un panneau « Tirez-nous dessus » dans le dos. « La foule est la meilleure des cachettes », bredouille le vieil aveugle. J’hésite à rétorquer qu’une foule de guerriers aurait mieux protégé un colis d’une telle importance qu’un Varl vieillissant, un ancêtre et un gamin, mais je suis trop occupé à fulminer intérieurement contre cette fesse de porc d’Yngvi. Il a soigneusement attendu que je me sois engagé avant de nous balancer sa condition aberrante. Cette histoire sent mauvais, mais il est trop tard pour me rétracter sans ruiner ma réputation.

Une chose me rassure : je ne serai pas le seul Varl dans l’embrouille. Pour être plus discrets, nous nous ferons passer pour des voyageurs escortés par un garde du corps — votre serviteur — profitant de la petite caravane d’un commerçant. Je suggère immédiatement Magnus, dont je sais qu’il se dirige vers Nundr, et qui est un type sûr. Yngvi accepte distraitement, sans aucune vérification, ce qui renforce un mauvais sentiment de ma part : d’une certaine manière, sans que je sache déterminer jusqu’à quel point, il se fout de cette mission — et de ma gueule, par la même occasion. Mais passer mon employeur par le fil de l’épée dix minutes après qu’il m’a embauché serait mal vu. Je serre les dents et je file au marché retrouver Magnus. Le boiteux accepte avec sa bonne humeur coutumière, quoiqu’il tique à son tour devant les incohérences des conditions fixées par Yngvi et Magna To. On établit ensemble notre plan de route : le voyage jusqu’à Tulg sera la part de tarte ; en moins de cinq jours, on devrait arriver aux portes de la ville, dans laquelle on n’aura pas à entrer. Ce qui m’inquiète, c’est plutôt la portion de route qui serpente entre les montagnes et les Bois Rouges ; terrain encaissé, chemin moins fréquenté… Un passage potentiellement risqué. Mais le plus dangereux sera la dernière partie du voyage, sur la route de Dunr ; hormis quelques marchands et pèlerins, nous devrions être seuls et à découvert sur de trop nombreuses lieues à mon goût.

Après quelques préparatifs, nous prenons la direction de Tulg. Nous y parvenons sans encombre après quatre journées et demie, qui me laissent le temps de jauger un peu mes camarades. Le gamin d’abord. Il semble un type solide et fiable, pas forcément une lumière, mais un bon fond indéniablement. Par contre, un intarissable bavard. Il faudra veiller à ce qu’il ne bavasse pas à tort et à travers lors des étapes ; plus nous resterons discrets, mieux cela vaudra. Je retrouve Magnus égal à lui-même : il mène son mammouth comme un gosse suit un bateau d’écorce sur un ruisseau, en riant et en poussant la chansonnette quand l’envie lui prend. Oyne est plus taciturne et se laisse moins cerner. On n’échange pas trois phrases de tout le trajet jusqu’à Tulg, ce qui me convient parfaitement. Un vieil aveugle ne serait qu’un fardeau inutile pour une escorte de cette importance s’il n’avait quelque atout dans sa manche, et il est mandaté par Magna To ; ça sent le magnien à plein nez, et je n’aime pas ça. Pourtant, à l’auberge de Tulg, c’est lui qui rompt la glace. Il m’explique qu’il ne porte pas non plus Magna To dans son cœur, et qu’il est comme moi suspicieux quant au déroulement de notre mission. Peut-être ne me délivre-t-il ces salades que pour me rassurer, voire pour me berner ; mais ses yeux laiteux évoquent plus le vieil homme désabusé que le fanatique duplice, et sa voix avait l’accent de la sincérité. Ça ne prouve rien pour un magnien, et je le garde à l’œil, mais les quelques jours de voyage suivants passent dans une meilleure ambiance.

Magnus est plus content que jamais avec les affaires qu’il a menées au caravansérail de Tulg, mais je suis vaguement inquiet : des bruits couraient en ville à propos de troubles à Mera, plus au Sud, dont le jarl aurait été déposé assez récemment. Cela ne nous concerne pas directement, d’autant que nous n’avons aucune intention d’y passer ; mais les communications semblent entravées, ce qui n’est jamais bon signe. Il peut se tramer n’importe quoi dans les régions peu habitées que nous comptons traverser, sans qu’on n’en sache rien. C’est à l’auberge du Fût Moussu, à un jour du pont de Brogne, que mes craintes se renforcent. Je suis en pleine discussion avec Oyne quand surgit un chouineur lardé de flèches. Pendant qu’on lui administre les premiers soins, j’apprends qu’il a été attaqué à plusieurs reprises par des brigands depuis que Mera a changé de mains. La région est donc bien hors de contrôle… L’auberge soudainement ne nous paraît plus un refuge sûr : nous montons la garde cette nuit-là.

Contre toute attente, nous parvenons sans problème à la Cogata, que nous franchissons le cœur léger. C’est le lendemain que les problèmes nous tombent dessus à toute force. Au sortir d’un défilé, un type nous attend, campé en plein milieu de la route. Il nous regarde avec morgue et une troupe en armes attend à un jet de pierre dans son dos. « Donnez-nous les écrits, et il ne vous sera fait aucun mal », menace-t-il. Déduction immédiate : notre secret est aussi éventé qu’un tonneau de bière chez les magniens. Deuxième déduction : pour intéresser une troupe aussi conséquente et susciter un guet-apens d’une telle ampleur, les écrits de Kvasir doivent décidément avoir un intérêt remarquable. Je vois des guerriers bien équipés, même si je ne parviens pas à distinguer de motifs claniques ni de signes distinctifs parmi leurs rangs.

Je fais un pas en avant pour gagner du temps, quand Oyne prend tout à coup un ton goguenard : il n’a pas l’air impressionné par la situation, et semble penser que l’homme n’a peut-être pas les renforts qu’il veut nous faire redouter. J’avance encore, dans un coup de bluff qui porte ses fruits. Le type caille du joufflu alors qu’aucune des silhouettes ne se décide à bouger ; « l’armée », je m’en rends compte, n’est constituée que de bonshommes parfaitement anonymes, dont je ne peux étudier les traits des visages, perdus dans un flou dérangeant que l’œil ne parvient pas à fixer. Ce qui m’amène à une troisième conclusion, qui fait perler une sueur froide entre mes omoplates : la menace est bien plus pernicieuse qu’il n’y semblait, puisqu’une illusion de cette ampleur implique la présence d’un foutu magnien de plus, et un bon. J’aurais préféré affronter une véritable armée à mains nues. Pas le choix : il faut conserver l’initiative si on ne veut pas être faits comme des rats.

Je bondis en avant, et décapite proprement le ruffian. C’est alors que les flèches commencent à voler de tous côtés, et il pleut des guerriers embusqués dans les arbres alentour. Trop. J’en envoie un bouler, avant de retourner au mammouth à côté duquel Patte Folle couvre tant bien que mal Oyne de son bouclier. Nous essuyons des tirs nourris, le môme est occupé avec une archère — il compte l’étriller un jour, ou lui passer la bague au doigt ? Qu’il se magne ! Rassemblés, nous amorçons un mouvement pour forcer le passage et filer d’ici, même si je ne me fais que peu d’illusions sur nos chances de fausser compagnie à nos assaillants. C’est à ce moment que la situation nous échappe définitivement : tout à coup, j’ai du mal à respirer et je trébuche ; un coup d’œil aux autres et je constate qu’ils ne sont pas plus vaillants. Des forces obscures sont à l’œuvre. Deux hommes se détachent de l’illusion et se rapprochent ; ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Des frères, peut-être, ou des cousins. Ils me contournent comme des fleurs tandis que je lutte pour me redresser, et s’emparent des écrits. Mais une mauvaise surprise les attend : il n’y a pas plus de relique dans l’étui vide que d’ours dans la chambre d’un jarl. Nous avons été bernés autant qu’eux, et ce convoi voyageait à vide. Si je sors vivant de cette nasse à serpents, j’aurai deux mots à dire à ce fumier d’Yngvi.

J’ai pu me remettre sur pied, mais je suis encore incapable de bouger quand ils nous narguent, courageusement encadrés par une petite dizaine de graves guerriers. Fjalar et Galar, les frères Mostrid, révèlent qu’ils ont pris le pouvoir à Mera il y a un an. Allez savoir pourquoi, ils s’intéressent aux écrits de Kvasir — certainement pour accaparer un peu plus d’emprise sur leurs semblables ; les magniens sont une plaie, et ceux-là puent la sorcellerie à plein nez. Je les laisse nous raconter leurs histoires de pouvoir par et pour le peuple, m’efforçant de cacher ma peur et profitant de leur monologue pour comprendre qu’ils disposent d’une taupe à Aberlaas, probablement dans l’entourage d’Yngvi. Alors qu’un des frangins s’éloigne, l’autre continue de dégoiser et nous pose un ultimatum. Si on ne veut pas nourrir les fougères dans un fossé, nous devrons les aider à mettre la main sur la relique. Je calcule mes chances : en admettant que leur petit tour de manipulation soit tout à fait estompé et que nous ayons recouvré notre liberté de mouvement, nous sommes débordés et, pour certains, un peu blessés. En face, des guerriers en pleine forme qui ne nous quittent pas du regard, et sont peut-être couverts par des archers encore dissimulés ; avec eux, au moins un sorcier rompu aux charmes d’illusion, si ce n’est à pire. Au mieux, nous en emportons quelques-uns et nous y passons tous. La conclusion n’est pas jouasse : si on veut espérer s’en sortir entiers, il va falloir jouer finement. Tout va se décider sur nos prochains mots…

Carnets de Hrogar – 1

Carnets de Hrogar – Aberlaas, 992 A.R.

On m’a encore demandé ce soir pourquoi je tiens des chroniques. Humains stupides à courte vue… J’ai répondu que c’est pour faire connaître le nom des imbéciles qui posent trop de questions. Même aviné comme il était, le soudard a compris que je me moquais de lui ; j’ai cru qu’il allait dégainer contre moi. Il n’a finalement pas osé. Il a bien fait ; il mourra un autre jour. Quant à moi, je suis trop vieux et j’ai trop combattu pour aimer encore le frisson d’un duel hâtif, surtout s’il est gagné d’avance.

Pourquoi écrire ce que je vois… Je ne crois pas que les Hommes, sauf peut-être les plus décrépits, pourraient en appréhender le motif profond. Ils vieillissent trop vite, ils meurent trop tôt pour comprendre ce que nous autres Varls mettons dans nos récits. Quand ses compagnons l’ont porté à sa couche, il gémissait, pleurait son vin et son chagrin en invoquant le nom d’une femme. J’imagine qu’elle est loin, ou partie, ou morte. N’importe : chanceux bonhomme ! Sa vie est assez courte pour le presser d’en aller saillir une autre. Moi, sept siècles me séparent de Lydia ; pourtant, chaque année est une pierre de plus dans mon sac. De ma vie, je ne connaîtrai plus la douceur d’une caresse ni la chaleur d’une couche partagée. Est-ce que je m’en plains à gros bouillons, comme l’autre idiot ? Non. Je continue, un jour après l’autre. Et, au fur des décades, si la douleur demeure inchangée, j’oublie le visage de celle que j’ai aimée. Chaque bataille, le moindre coup d’épée, emportent une expression familière ; chaque jour de marche efface un geste, un regard, une phrase qu’elle m’a dite. À chaque réveil, dans la froideur d’un bivouac, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de ma chambre à Gorfheim, mes souvenirs se confondent un peu plus avec mes rêves et mes cauchemars. Voilà, sans doute, la véritable raison pour laquelle un Varl de mon âge écrit autant : pour distinguer sa mémoire de son imagination.

Descendre une autre choppe n’a pas apaisé mon agacement. L’auberge est bruyante, les clients ivres, la cheminée trop large et chargée à blanc. Folies dispendieuses qu’on ne voit qu’à Aberlaas. Dès que le patron daignera lâcher son pichet pour me dire ce que je lui dois, j’irai m’apaiser en marchant dans les rues de la ville. Il est tard de toute façon, le lieutenant (comment s’appelle-t-il déjà ?) attendra demain pour me voir. « M’a dit de vous dire que c’est urgent, messire ! » Par Dunr, les pauvres… Vieillards à cinquante ans, buffets pour vermine à soixante… Pas étonnant que tout leur semble si pressant.

Lune – Séance 2 – Syk björn, döden björnen.

Quatre cent sixième entrée – 1032 A.R. – Nekron Kol

On va finir par croire que j’ai une dent contre les ours.

Ils s’est écoulé quelques heures après notre affrontement contre les deux bestioles, soit le temps nécessaire pour se remettre de nos blessures et de nos émotions. Nous avons alors pris la décision de repartir vers Rùn Dal, en chassant et cueillant de quoi manger le long de la route. Mon tatoué de compagnie a essayé de nous faire avaler des racines moisies, mais heureusement, certains membres du groupe sont capables de chasser et pêcher. Un seul, en fait.

Nous avons bien fait de rester aux aguets, car cela a permis au Rat de repérer une troupe importante avançant au nord. Probablement vers Rùn Dal, maintenant que j’y pense. Quelque temps après, c’est un deuxième groupe que nous avons pu observer, à l’est, près de la côte cette fois ci. Ce groupe était constitué d’une dizaine de nos assaillants ainsi que de plusieurs membres de notre caravane, probablement capturés dans la forêt après la débâcle le combat.

Nous les avons suivis jusqu’à un village fortifié qui s’avérait être le camp de base de la troupe de connards bandits. Après un bon moment passé à les observer, nous avons fini par décider un plan d’action. Je suis entré dans le village au Sud avec Telia (que nous avions malencontreusement oublié d’informer du très probable décès de sa sœur) afin d’empoisonner un ours dans son enclos, pendant que le reste du groupe escaladait les remparts au nord et enfermait les gardes dans leurs baraquements avant d’y mettre le feu. Jusque là, tout s’est déroulé comme prévu.

Ce qui ne l’était pas, c’était l’arrivée impromptue d’un chevaucheur d’ours géant, et d’un Varl me dépassant d’une bonne tête. Là, les choses se sont un peu accélérées. J’ai fait de mon mieux pour nous débarrasser de l’ours, pendant que mon cher enchaîné s’occupait de son cavalier. Salvya est allée libérer les prisonniers, suivie par le Varl qui lui a fait passer un sale quart d’heure. Pendant ce temps, le Rat visait les bijoux de famille, faisait le mort en se cachant sous les cadavres, et achevait les blessés, avant de recevoir une flèche dans le postérieur. Un exemple de bravoure. Après avoir terminé l’ours au grand désarroi de son propriétaire, ma propriété désormais déchaînée s’est occupée du varl. Il commencerait presque à devenir un bon investissement…

C’est une fois le calme retombé un peu comme le toit des baraques sur les gardes que nous nous sommes rendus compte que nous étions tous plus ou moins en train de décéder.

Lune – Séance 1 – Flygende Björn

Quatre cent cinquième entrée – 1032 A.R. – Nekron Kol

Non, on peut pas dire que tout se soit passé comme prévu.

Pourtant, elle n’avait finalement pas grand chose d’inhabituel, cette caravane : Des marchants, quelques migrants, un nombre à peu près adéquat de gardes, une herboriste à priori compétente pour s’occuper d’éventuels blessés, et un manchot (l’humain, pas l’animal) un peu étrange mais visiblement inoffensif. Le seul truc qui sortait de l’ordinaire était donc le forain et son pingouin (l’animal, pas le manchot) dressé. J’ai jamais pu faire confiance à ces créatures : elles sont souvent fourbes, et plus intelligentes qu’elles en ont l’air. Le pingouin, en revanche, rien à signaler à son sujet.

Quelques nuits après notre départ de Sigoh, les deux sœurs responsables de la caravane ont décidé d’installer notre camp près de Korra, un des rares villages forestiers de Nekron Kol. Apparemment d’autres patelins plus au nord avaient brûlé quelques temps avant notre arrivée. Ça aurait dû m’alerter : il ne se passe jamais rien dans cette région.

Le groupe d’hommes en armes qui est arrivé au milieu de la nuit était suspect, mais je voulais éviter une effusion de sang inutile. Nous les avons donc autorisé à s’installer un peu plus loin. Nous n’avions pas prévu l’arrivée subreptice de leurs collègues, découverts cachés dans les fourrés par ma dernière acquisition, et ce au détriment de la future descendance de l’un d’eux. C’est à ce moment là que nos « invités » ont décidé, très impoliment, de se mettre à assassiner tout le monde.

On a réussi à limiter les pertes, notamment grâce à l’inconscience de mon humain de compagnie, mais c’était sans compter sur l’arrivée du gros des forces adverses. Quatre ours ça passait encore, mais avec un guerrier Varl, une salop sorcière et ses incantations surnaturelles, ça devenait un peu compliqué à gérer. J’ai donc paniqué calmement ordonné la retraite, et nous avons fui abandonné le campement afin de nous regrouper dans les bois, tout en sauvant une des sœurs au passage : je comptais bien être payé pour la distance parcourue avant la débandade lui permettre de se venger contre les assassins de sa sœur.

Après avoir traversé la moitié de cette foutue forêt, nous sommes tombés sur un tumulus près duquel nous avons trouvé refuge. Loin de moi l’idée de piller la tombe sacrée d’un ancien noble humain, mais j’ai décidé d’aller explorer la tombe sacrée de cet ancien noble humain accompagné de mon instable propriété tatouée, et d’en retirer les éventuels trésors, clairement plus utiles à notre groupe qu’à leur propriétaire d’origine. C’est ainsi que nous nous retrouvâmes propriétaires d’une belle épée, d’une lance et de quelques pierres précieuses.

Malheureusement, les ours ont de l’odorat. Nous avons pu le constater car les deux bestiaux nous avaient suivi jusqu’au tumulus. Ne disposant de notre côté que du pingouin pour nous assister dans ce combat, j’ai dû prendre les choses en main et attaquer seul un de ces monstres sanguinaires, pendant que le Rat était occupé à se découper un bout du gras du bide. Je le savais bien, que ce type était bizarre.

Ce qui s’est passé par la suite est assez flou. Le rat aurait apparemment empoisonné l’une des bêtes avec sa propre viande, et l’herboriste a dû me faire consommer une de ses plantes bizarres à mon insu, car j’ai cru voir s’envoler l’ours que j’avais vaincu. Par contre, je n’ai pas rêvé quand j’ai entendu cette consommatrice de produits stupéfiants prononcer le mot « Ragnarok » avant de m’évanouir.

Historique de GRIT – nOUveL AChAt

cHer JoUrnAL meNTAL,

je M’ADrEsSE EnCorE à tOI, mAIs prEND gArdE : mOn nouVEAU prOprIÉTaIre eSt un GRaNd éRUdIt CoRNu, eT QUAND Il m’AUrA Appris à FAIRe pAsSeR mA pAROlE DanS La PLUmE, C’eN SErA fINi DE tOi !

Il dIt M’AVOIR ACHeTé pOuR une de mEs Runes ChArnELLeS, Et En VEuT PeRceR LE SecrEt. JamAis ! LA maTérialITé dE Ses PièCeS d’or réSONnE aveC ceLle De mON corPS, maiS Mon eSpRiT N’EST PAs à venDRE ! SuRTOut dEPuIs quE j’En Ai DONNé 16,180339887% à tu-saIs-QuI… (D’aillEurs iL FAUdra QuE tu ME lE rediSEs, J’AI OUBLié qUI c’étaIT)
MAiS les éTOilES – étERNELLes DEPuiS peU daNS LE cieL DE NOs AïeuX – mE MurmuREnt qUE moN NoUVEaU maItRe lE GRAnD COrnu nE dIT peUt-être pas lA Vérité à propOS de CeTTe RuNe : il PrétEnD qU’eLLE ESt dans mon dOS, aU MoIns DeuX FOis pLus GRAnDE Que tOuTEs LeS aUtRES ! comMENT jE FAis Moi ? depUis qUaND jE SUis CENsé SAVoIR toUT Ce Que j’Ai DAns lE DoS ?

jE crOIS QUE C’EsT MAintenAnT l’HeUrE de Te QuIttER, ô JoUrnAL PRoSé, caR Je VOIS qUe SOus lES CorneS de Mon tOut fRAiS maitrE se PLiSSeNt Deux yeUX en Me ReGArdANt. IL faUT ADMeTTRE qUe çA doIT bIeN FAIRe 20 (cOMmE tOuT MES Doigts DE maiNs et De PIEdS réunis) pETITs SabLIErS qUE Je ReGARdE dAnS Le GRAND viDe. Ça Ne M’étoNnERaIT paS Que J’Aie BaVé UN peU, tIENS.

Historique de Stigand – Partie 4/4

Quatre cent troisième entrée – 1032 A.R. – Tirh

Peut-être une piste.

Lors d’un pillage il y a quelques années, une tribu de Frimench Keep a capturé un jeune homme tatoué du symbole de Ragnarok. Il a passé une bonne partie de sa vie en esclavage, et en a visiblement gardé de grosses séquelles. Je l’ai racheté avec ce qui me restait de la dernière expédition. S’il se souvient d’où lui vient ce tatouage, peut-être pourra-t-il me mener là où se cache cette foutue secte. Trente ans que j’écume Norska en long, en large, et en travers, mais c’est la première fois que j’ai une preuve vivante de leur existence.

En attendant, mes poches sont vides, et la prochaine caravane part dès demain. Ce groupe est inhabituel, je vais devoir être vigilant.

Historique de Stigand – Partie 3/4

Treizième entrée – 999 A.R. – Gorfheim

Les dieux sont morts.

Depuis plusieurs jours le chaos règne à Gorfheim. Les Varles semblent toutes atteintes d’une étrange maladie, et beaucoup sont déjà décédées. Aucun mâle n’est atteint. Le soleil ne passe plus derrière l’horizon, la ville vit donc dans un soir permanent. Les messages venant du sud sont formels : les dieux ont disparu.

Les quelques érudits qui avaient accepté de m’aider dans mes recherches sont désormais tous trop occupés ou trop paniqués pour continuer. Je ne trouverai de toutes façons plus rien ici, j’en ai peur. Je suis dans la capitale depuis plusieurs mois maintenant, et les quelques bribes d’informations que j’ai pu obtenir sur la rune me sont toutes parvenues de voyageurs venant du Sud. Certains l’ont observée sur des ruines, d’autres ont vu des esclaves sauvageons possédant ce même tatouage. Un pèlerin m’a parlé d’une secte secrète vouant une haine ancestrale aux dieux et prêchant la fin du monde.

Je vais devoir partir moi-même sur les routes. Je pense proposer mes services aux caravanes. Elles en auront besoin : au delà de Drakowyr,  la nuit est maintenant permanente.

La fin du monde… Manquait plus que ça.

Historique de Stigand – Partie 2/4

Seconde entrée – 998 A.R. – Var Dal

Qui étaient ils ?

Des sauvages de l’est ? Peu probable. Ils étaient très organisés, et leurs armes et armures de cuir semblaient d’excellente facture.

Des bandits, peut-être ? Mais alors pourquoi n’ont ils pas pris l’argent et les bijoux des villageois avant de brûler les maisons et le temple ?

Rag_Rune

Ils n’ont laissé qu’une seule trace : une rune étrange, peinte avec du sang sur plusieurs murs. Deux des cadavres avaient également un tatouage identique.

Je me suis réfugié à Var Dal pour me soigner, et interroger les gardes. Aucun n’avait repéré de troupe suspecte, et aucun n’avait vu ce symbole auparavant. Je pars dès demain à Gorfheim. J’espère que les érudits de la capitale pourront identifier cette rune.

Je les retrouverai.

Historique de Stigand – Partie 1/4

Journal d’Asbjörn Otvarsson, dit Stigand

Première entrée – 998 A.R. – Durnborg

Il ne reste rien.

Ils ont attaqué pendant la nuit. Les gardes ne les ont pas entendu approcher et n’ont pas eu le temps de sonner l’alarme. Une trentaine d’hommes, peut-être plus. J’ai réussi à en tuer quatre, peut-être cinq, mais l’un d’eux m’a donné un coup d’épée à la tête qui m’a fait perdre connaissance, et ils m’ont laissé pour mort.

Je suis revenu à moi peu avant l’aube. Du sang séché me couvrait tout le visage. Je survivrai, mais je doute que mon œil revoie un jour le soleil. Pas d’autre survivant. Il manque quelques corps, j’imagine qu’ils ont capturé des villageois pour les vendre.

Le village de Durnborg n’est plus. Du temple dont ma famille avait la garde depuis des siècles, il ne reste qu’un tas de décombres fumants.